Soirée Ikéà

Nicolas était libertin et voulait convertir Éléonore à ses pratiques. Réticente au départ, elle avait fini par se laisser amadouer ayant bien aimé les étreintes dans les endroits insolites, l’inconfort, la crainte d’être surpris. Toutefois elle avançait avec prudence, campant sur ses positions lorsque quelque chose lui déplaisait. Elle n’adorait pas l’ambiance des clubs, mais elle devait admettre que se trouver au centre de l’attention l’excitait. La proximité des corps, les soupirs, les caresses fortuites, les mains qui s’égarent, n’étaient pas non plus pour lui déplaire. Mais de là à se jeter corps et âme dans une gigantesque partouze, il y avait là une limite qu’elle n’était pas prête à franchir.
— Tu vas aimer, j’en suis sûre. Ils sont très cools, tout à fait dans tes goûts. Continua Nicolas.
— Ils ?
— Un super couple, même âge que nous…elle est sexy, il est sympa…
— Et c’est quoi l’idée ?
Nicolas vint s’asseoir à côté de Éléonore, lui caressa les cheveux, déposa un baiser humide sur ses lèvres, et ajouta d’un air enjôleur : tu me fais confiance ?
— Bien sûr que je te fais confiance. Mais… Il l’interrompit l’embrassant de nouveau et glissa la main sous le pull de Éléonore. Elle goûta ses cajoleries, il savait éveiller son désir. Elle demanda :
— On a rendez-vous au Seven ?
— Non, chez eux.
— Chez eux ? sursauta Éléonore.
— Oui, on sera plus tranquille. J’en ai un peu raz le bol des clubs. Et toi aussi, non ?
— Et s’ils ne me plaisent pas ?
— On y va, on fait connaissance, s’ils te plaisent pas, on rentre. C’est aussi simple que ça.
— On part quand je le décide ?
— Promis, ajouta Nicolas en l’embrassant encore. Puis, à force de caresses adroites, et de douces paroles, il réussit à convaincre son amante.


Le couple habitait un petit pavillon d’Athis-Mons, dans la banlieue opposée. Sur le pas de la porte, Éléonore s’était réfugiée derrière Nicolas et regardait par-dessus son épaule. Quand la longue femme brune, d’une petite trentaine d’année, au regard doux et au sourire aimable vint ouvrir, Éléonore se sentit soulagée. La femme semblait embarrassée, elle n’avait visiblement pas non plus une grande expérience de ce genre de rencontre. Elle les invita à la suivre. Habillée d’une robe noire moulante si courte que l’on voyait, à la lisière du vêtement, la jarretière de ses bas, elle les mena dans un salon aux couleurs viriles. Sur la table basse « Malmsta », était disposé un plateau apéritif, où crudités et mini-pizzas Buitoni étaient joliment combinées dans une vaisselle en plastique d’inspiration japonaise. Elle leur proposa de s’installer dans le canapé « Kivik » en cuir noir, et s’assit à son tour dans le fauteuil « Ekerö » en polypropylène de la même couleur.
Monsieur fit alors son entrée. C’était un homme à peu près du même âge, assez massif, dont la musculature trahissait un goût certain pour le soulevé de fonte. Il avait le crane rasé et portait, collé à la lèvre inférieure, une barbichette de la taille d’un timbre-poste. Il n’était pas laid, les trais de son visages étaient harmonieux, mais sa musculature massive et ses choix en esthétiques le rangeaient irrémédiablement dans la catégorie Cro-Magnon. Éléonore regarda Nicolas de ses grands yeux noirs affolés, pendant que ce dernier contemplait ses chaussures.
— Salut ! Moi, c’est José, ma femme, Stéphanie. Jean et Marie, je suppose ?
— Tu supposes bien, répondit Nicolas.
Pour la circonstance, Nicolas avait choisi des pseudos et une identité plausible. Ils étaient un couple « légitime », pratiquaient le libertinage depuis toujours, aimaient particulièrement faire de nouvelles connaissances.


S’enchaînèrent les banalités d’usage, le chemin pour venir, les embouteillages, la météo, puis José interrogea Éléonore.
— C’est quoi ton boulot ? Ne sachant si elle devait inventer quelque chose ou dire la vérité, elle questionna Nicolas du regard, mais José qui se fichait de la réponse, annonça fièrement qu’il était responsable de la sécurité d’un grand complexe commercial dont il ne pouvait divulguer le nom. C’était une information hautement confidentielle. Il poursuivi avec une suite sans fin de clichés sur les étrangers qui nous envahissent, la police corrompue, la jeunesse qui se perd, les vieux qui sont plus comme avant, et les politiques qui sont tous les mêmes. Il exposait ses réflexions sur un ton d’expert, s’embarquait dans des phrases interminables dont il ne maîtrisait pas la syntaxe, se contredisait souvent. Sa femme souriait, telle une potiche télévisuelle. Nicolas, petit à petit, tentait d’orienter la conversation vers elle, mais José répondait à sa place. Il parlait de son épouse comme on parle de sa maison ou de ses chiens. Il expliqua qu’il allait lui payer une augmentation mammaire, et qu’ainsi, ils pourraient partir en vacances dans le village naturiste de Port-Leucate.
— C’est la dernière fois que vous la voyez comme ça ! Plate comme une limande ! Je lui paye un bonnet D, même E ! Elle voulait un B ! Mais quitte à banquer… Hein ma biche !
— Oui, mais j’me demande si ça va pas faire trop, un bonnet D. J’ai un petit dos.
— Mais non ! T’es grande comme un cheval ! Regarde Marie ! Elle a une belle poitrine ! Tu veux pas avoir pareil ? C’est monsieur qui doit être content ! Hein Jean !
Éléonore grignotait compulsivement les concombres en se demandant comment ils allaient sortir de cette galère. Elle envoyait des regards appuyés à Nicolas qui indifférent à ses suppliques muettes, continuait à se rapprocher de Stéphanie. Puis on sonna à la porte.
— Ha ! Les derniers invités ! dit le maître de maison. Va ouvrir, ma poule.
Éléonore, proche de la panique dévisagea son ami qui lui répondit par un clin d’œil.

Stéphanie revint avec un jeune couple affriolant. Lui, une petite trentaine, grand, d’allure sportive, peau caramel, cheveux en bataille, regard noir, pétillant. Elle, ne dépassait pas les 25 ans, faite au moule, taille de guêpe et fesses rebondies. D’emblée, on devinait leur entente et leur goût du jeu. Nicolas jeta un regard entendu en direction de Éléonore.
— Nolan et Isabelle, annonça Stéphanie. Tous s’embrassèrent et l’atmosphère se détendit un peu. Rapidement, une complicité s’installa entre les invités. Chaque fois que José ouvrait la bouche, les regards en coin et les sourires entendus s’échangeaient. Au bout d’une heure, Éléonore qui n’en pouvait plus, prétexta une fatigue soudaine, due à l’alcool peut-être, pour déclarer qu’elle souhaitait rentrer. Nicolas assura qu’ils reprendraient bientôt contact et le jeune couple profita de l’élan pour annoncer aussi leur départ. Si José faisait bonne figure, il était clair qu’il était déçu, mais ce n’était apparemment pas le cas de Stéphanie qui affichait une mine soulagée.
Une fois dans la rue quelques plaisanteries fusèrent et la jeune Isabelle, attrapant le bras de Éléonore demanda :
— Ça vous dit de venir à la maison ? On habite dans le centre.
Éléonore hésita, mais Nicolas accepta avec enthousiasme.

Dix minutes plus tard, ils arrivèrent dans un petit appartement d’un immeuble ancien du vieux Rouen. Des murs blancs peu décorés, un parquet de guingois, et un mobilier hétéroclite donnaient une impression de chaleur et d’authenticité. Isabelle fixant Éléonore de ses grands yeux bleus, retira sa veste, ses chaussures, et sa robe portefeuille sous laquelle elle était totalement nue. Nolan se déshabilla aussi, et commença à l’embrasser et la caresser. Éléonore, surprise par l’accueil ne put retenir un petit gloussement. Elle toussota maudissant sa niaiserie. Elle ne voulait pas passer pour un perdreau de l’année. Nicolas vint se placer derrière elle, et tout en l’embrassant, la débarrassa de ses vêtements. Isabelle et Nolan se rapprochèrent lentement et la femme égara sa main dans le dos de Éléonore. Elle se laissa faire, masquant son embarras, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire Isabelle l’embrassait. Sa bouche était pulpeuse et fraîche, sa langue soyeuse jouait habilement avec la sienne. L’hésitation initiale évanouie, le charme de l’exploration l’emporta sur sa réserve. Elle lui rendit chaleureusement son baiser, osa même promener, une main légère, sur la poitrine de la jeune femme. Isabelle s’agenouilla. Éléonore avait deviné pourquoi, mais dans l’état d’excitation qui était le sien, elle n’osa pas s’opposer et fit taire sa pudeur en écartant les jambes. C’était une première pour Éléonore, et malgré son appréhension, elle devait s’avouer que la coquine s’y prenait vraiment bien. Nolan se caressait doucement en admirant le spectacle, mais très vite, Isabelle le tira à elle et le prit en bouche. Ainsi, elle alternait entre le sexe bien dur de son ami et, le clitoris de Éléonore pendant que Nicolas se frottait contre son cul, tout en lui mordillant le cou. Aucun mot n’était prononcé, on entendait que les souffles et les respirations retenues.

Éléonore se dégagea, soudain rattrapée par ses craintes. Elle voulait prendre du recul, respirer un peu. Isabelle était jolie, fraîche et mutine, Nolan était sensuel, fort, et bestial. Elle se sentait dépassée. Elle croisa le regard de Nicolas qui se faisait maintenant sucer avec ravissement et sans avoir cherché à savoir si Éléonore approuvait. À son expression, on devinait que la fille était habile. Accroupie devant lui, sa longue chevelure châtain dansait dans son dos et lui caressaient les reins, mettant joliment en valeur sa croupe en forme de cœur. Curieuse d’explorer ce corps juvénile, Éléonore, s’agenouilla derrière Isabelle et passa sa main entre ses cuisses. Sous ses doigts, un abricot lisse et doux, humide à l’excès. Son majeur rencontra le clitoris dardé, avant de pénétrer la chaleur soyeuse. Isabelle resserra sa chatte, Éléonore s’immobilisa, ne sachant si elle devait poursuivre, mais les ondulations impérieuses lui firent comprendre qu’elle le devait. Éléonore, alors, se mit à masser doucement l’intimité de la belle. Elle était réactive, s’agitait, soupirait, réclamait davantage. Éléonore répondit à son attente en secouant sa main vigoureusement, comme elle aimait que son amant lui fasse. Titillant son point G. d’une main ferme. L’effet fut immédiat, la fille s’agrippa aux hanches de Nicolas en gémissant. Elle vibrait de tout son corps. Éléonore se sentit fière de provoquer un tel plaisir, elle comprit la vanité des hommes à faire crier leur partenaire.
Alors qu’Isabelle basculait sa tête en arrière, Nolan la rattrapa par les cheveux, lui lécha la bouche avant d’y plonger sa queue. Éléonore reconnut le geste qu’elle avait vu dans les vidéos pornos et dont elle n’appréciait pas la bestialité. L’idée de réduire une femme à ses orifices la révoltait. Elle leva les yeux vers son amant qui se régalait du spectacle, n’en perdant pas une miette. La luxure qu’elle devinait soudain chez Nicolas, lui fit un choc. Il attrapa durement les cheveux de Éléonore, et posa son gland gorgé de sang sur ses lèvres. Elle se détourna et il n’insista pas, mais elle était choquée qu’il ait essayé. Il la connaissait assez pour connaître ses gouts et dégoûts. Pour effacer l’incident, il la prit dans ses bras et la portant jusqu’au canapé, l’y déposa doucement. Il se coucha auprès d’elle et s’appliqua à réparer son erreur. Il l’embrassait avec délicatesse, ses mains courant sur son corps ravivaient les braises qu’il avait éteintes une minute plus tôt. Il s’insinua en elle. Éléonore fermait les yeux, concentrée sur ses sensations. La verge qui pénètre son ventre, la contraction des muscles, le frisson qui court, le cœur qui bat aux tempes, l’odeur de l’étreinte, son souffle, sa main crispée sur sa hanche, et le battement de son vit en son tréfonds. Le sentir encore, encore, encore battre en elle comme un métronome, entêtant, hypnotique. Et puis sa peau qui se hérisse, ses tétons qui turgescent, le fil de cyprine qui glisse entre ses lèvres, l’orgasme qui monte doucement, qu’elle maîtrise et ne laissera exploser qu’à son apogée.
Elle ouvrit les yeux et découvrit Isabelle assise sur un grand fauteuil qui se tripotait joyeusement avec un gode de bonne taille. Elle lui souriait. Nolan d’un claquement de doigt autoritaire lui ordonna de se retourner. Elle obéit à l’instant, s’installa à genoux sur le fauteuil, les coudes sur le dossier, jambes écartées, cambrée, et disponible. Il commença par cracher sur la rondelle qui palpitait d’impatience. Éléonore n’était pas certaine d’avoir envie de voir ça. Regarder un autre couple l’excitait, mais la rudesse de Nolan lui déplaisait. Le jeune homme prit son gland entre le pouce et l’index, pressa l’anus de sa compagne qui s’ouvrit sans opposer de résistance. Il plongea lourdement en elle, jusqu’à taper ses hanches contre ses fesses charnues. Il ressortit complètement sa queue et la pénétra de nouveau avec plus de vigueur. Sa compagne anhélait comme une bête. Au bout d’un moment de ce traitement, restant planté en elle, il agrippa sa chevelure comme on attrape des reines d’un cheval, et lui frappa la croupe avec force. Le terme « chevaucher » prit soudain tout son sens. Éléonore allait rire, quand Nicolas d’un mouvement brusque la retourna, la plaça dans la même position qu’Isabelle et tenta de la sodomiser sans ménagement. Éléonore le repoussa énergiquement. Le visage de Nicolas avait changé. Son regard espiègle s’était mué en un regard torve et il affichait un rictus écœurant.
— Ça va pas, non ! gronda-t-elle. Il s’excusa, sans conviction, et voulu, sans tarder reprendre leurs ébats. Son manque de considération et de sincérité acheva de faire perdre à Éléonore toute envie de poursuivre et tandis que Nolan s’acharnait pour leur plus grand plaisir sur le fessier d’Isabelle, Éléonore se rhabilla.

Un silence de plomb accompagna Éléonore et Nicolas sur tout le chemin de retour. Une fois arrivés, il ne lui adressa pas davantage la parole. Il était manifeste qu’il lui en voulait d’avoir écourté leur soirée. Elle se sentit obligée de se justifier, ce qui la mit en colère. Mais, se comportant en adolescent, il lui opposa, regard buté et bouche close. Ils se couchèrent dos à dos et au matin, Éléonore avait décidé qu’elle ne le reverrait plus.

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