Sequelles

Séquelles

L’idée de faire une catégorie aussi intime peut paraître obscène. Ça l’est, effectivement. Je crois qu’à partir du moment où l’on s’offre au regard des autres cela peut être perçu comme obscène. Cependant, je n’ai pas pris cette décision dans le but de me faire voir ni valoir. Je souhaite seulement partager les séquelles des viols que j’ai subi. Voilà pourquoi j’ai choisi ce titre : « Séquelles ». Voici la définition du mot : « Une séquelle est un symptôme, un handicap ou une simple trace, invalidante ou non, une conséquence plus ou moins lointaine qui est le contrecoup d’un évènement. Les séquelles peuvent guérir progressivement et lentement, ou bien rester définitivement. »

J’ai 52 ans. Je me souviens qu’à l’âge de 13 ans et demi j’ai été violé par mon père. Je me souviens aussi d’avoir subi une agression sexuelle de la part de mon grand-père maternel  quand j’étais enfant, même chose à l’adolescence par un ami de ma famille. Ma mère était manipulatrice, violente, et alcoolique. Je suis d’un milieu bourgeois, éduqué, et j’ai toujours vécu dans un certain confort. Je n’ai jamais manqué de rien, mais on m’a privé de l’essentiel, l’amour et la sécurité. J’ai fait de nombreuses thérapies qui ne m’ont pas apporté de soulagement. Toujours en proie à des angoisses, des attaques de panique, des terreurs nocturnes et des comportements que je ne comprenais pas et qui me handicapent encore. A 45 ans j’ai commencé un nouveau travail sur moi. Alors que je m’étais persuadée que personne ne pouvait plus rien pour moi, une amie m’a parlé du syndrome de stress post traumatique reconnu chez les victimes de viols, de la mémoire traumatique, des troubles cognitifs résultants d’agressions sexuelles. Je ne saurais vous expliquer comment tout cela fonctionne aussi bien que Muriel Salmona, psychiatre-psychothérapeute spécialisée en psycho-traumatologie. Responsable de l’Antenne 92 de L’institut de Victimologie, Présidente de l’association « Mémoire traumatique et victimologie« . Il vous suffit de cliquer sur les liens pour visiter les sites et avoir toutes les explications nécessaires. Elles sont très claires et compréhensibles par tout un chacun. Ici, dissociation_violences_sexuelle, vous trouverez un résumé très clair. Quand j’ai enfin eu accès à ces information, j’ai été immédiatement libérée du poids de la culpabilité. En effet, si je ne m’en étais pas encore sorti, ce n’est pas parce que je suis un être faible qui se complet dans son malheur, mais parce que je n’ai pas été soigné. Le docteur Salmona à une image très parlante. Imaginez qu’on laisse une victime d’un grave accident, avec de nombreuses blessures et traumatismes se réparer tout seul sans soin, au pire, il pourrait en mourir, se retrouver le plus souvent avec de lourdes séquelles et de lourds handicaps, et au mieux, s’en sortir à peu près, mais après quelles souffrances !! Eh bien, c’est ce qui se passe pour les victimes de violences sexuelles alors qu’elles sont polytraumatisées psychiquement et neurologiquement on les laisse sans soin et le plus souvent, on les rejette, les insulte, dénigre leur souffrance, on les humilie. Par ce travail que j’ai entamé avec elle, j’ai pu expliquer nombres de mes comportements qui me mettaient mal à l’aise. Et puis j’ai pris conscience que je n’avais mémorisé de mon passé que ce que mon psychisme pouvait endurer. Le reste s’est retrouvé emprisonné dans mon cerveau, une mémoire inconsciente prête à exploser, comme un champ de mines, aux moindres stimuli (bruit, odeur, image…). mes crises de paniques, mes terreurs ne sont que des symptômes. J’étais pleine d’espoir, je croyais de nouveau à la possibilité d’un soin. Il « suffisait » de désamorcer ces mines, une à une. Travail de fourmi, harassant, laborieux et extrêmement douloureux mais qui était pour moi, à cet instant, le seul moyen de récupérer un jour ma vie.

De l’eau a coulé sous les ponts, j’ai interrompu ce travail avec le docteur Salmona à cause de mon déménagement dans une autre région. Mais le parcours ne s’est pas arrêté là. Avec ou sans psychiatre, je continue mon chemin d’éclopé. Aujourd’hui, à cause d’un rêve, je veux reprendre mon témoignage. Je déposerai dans cette catégorie, de vieux textes avec peut-être certains commentaires que ceux-ci avaient sollicité et de nouveaux textes, au fil des réminiscences. Je voudrais que ce lieu soit un lieu d’échange et de partage d’expériences, de pensées, de ressentis, de souvenirs, d’idées. Un lieu serein.

Pour cela, je prie les Trolls de bien vouloir aller jouer plus loin. On ne joue pas dans un champ de mines. Ce serait destructeur et particulièrement cruel. Quant aux prédateurs, aux manipulateurs qui auraient la tentation de jouer ici à leurs jeux pervers, sachez que je me ferais un plaisir de vous arracher les parties génitales avec les dents. A moins que la lecture que la lecture leur permette de réaliser l’inanité de leur existence et leur donne l’envie de se soigner. Il n’y a pas de fatalité dans l’existence d’un prédateur. Ils sont parfois eux-mêmes d’anciennes victimes et les soins sont possibles. Je souhaite sincèrement que le partage de ce travail personnel soit fructueux. Le bonheur est encore possible. Il ne faut jamais abandonner. 

2 commentaires

  • Aude Colmant

    Commentaire laissé par solitude
    Jeudi 27 Juin 2013 à 23:42  

    bonjour séquelles je viens de lire en entier votre témoignage j’en ai été bouleversée je tiens particulièrement à vous apporter mon soutiens je n’ai pas vécu ce que décrivez c’est comme un appel au secours! et comme il doit-être dur de ce reconstruire  après tout ce que vous avez subit! mettre des mots sur ce qui fait mal est un premiers pas. bon courage.
    solitude

  • Aude Colmant

    Commentaire laissé par Carla
    Dimanche 3 Août à 12:57  

    Hello ma belle j’ai 53 ans a 20 ans je me suis fais enlever 2 fois par le même gars, suivis sûrement 1 an. J’avais peur c’était terrible j’ai même voulus mourir par peur. Après il a enlevé 2 autres filles, il a été en prison 7 ans, les 2 filles l’on dénoncés. Moi j’ai encore peur à mon âge car il n’était pas beau du tout même qu’il faisait peur, il m’avait attaché et battue j’avais des bleus de la tête aux pieds. Ce n’est pas drôle d’attendre que certaines personnes meurent pour commencé a vivre? J’ai aussi été battue par un ex 3 ans.

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