Aude Dite Orium / Journal de confinement

Confinement, jour 1

Hier, je suis rentrée d’Amiens. 3H30 de train, et métro. Il y avait relativement peu de monde, surtout des jeunes avec de grosses valises. J’imagine que ce sont les étudiants qui rentrent chez eux après l’annonce de la fermeture des universités. Une drôle d’ambiance, à moins que ce ne soit moi qui perçoive les choses étrangement à cause du Covid 19.

Nous étions chacun tournés sur nous-même. J’ai vu quelques masques, je ne sais pas s’ils sont efficaces, ils ont au moins le mérite de rassurer. D’ailleurs, je ne sais pas quoi en penser. Tout à l’heure, j’ai fait des courses. Jamais vu autant de monde un lundi midi. Comme partout, les rayons pâtes, riz, pq sont dévastés. Là aussi, quelques masques. Dans la supérette surtout des mères avec leurs enfants, déjà excédées. Une femme devant moi, accompagnée de deux enfants, le plus vieux, dans les 10 ans, n’arrêtait pas de râler. J’ai cru comprendre qu’il était inquiet. Pas assez de séparation entre les courses des clients sur le tapis de caisse. Les mains dans les poches, alors que le plus jeune sortait les articles des sacs et faisait au mieux pour les disposer sur le tapis roulant, lui, allait et venait en maugréant. La mère soupirait, lui demandait de les aider, le menaçait de rapporter son comportement à leur père en rentrant. J’en profite pour saluer sa solidarité familiale. À un moment, elle m’a pris à parti. « C’est tout à fait le moment, n’est ce pas ! Un mois enfermé à la maison avec eux, ça va être l’enfer » Le garçon s’est écrié : Mais maman ! Il ne voulait pas qu’elle l’affiche. La tactique maternelle a été efficace, il a fui. Il ne l’a pas aidé, mais il lui à foutu la paix.

Je suis à la maison avec ma fille qui joue à un jeu vidéo. Ça va être très difficile pour elle d’être assez sérieuse pour ne pas passer trop de temps dessus. Quant à moi, j’ai prévu de m’occuper pour ne pas céder à l’angoisse financière. Je ne crains pas vraiment l’isolement. Je suis assez solitaire, je pense que j’arriverai à le vivre. Par contre, j’ai un statut très précaire. La moindre secousse peu me faire basculer dans la grosse merde, et ça me fait peur. Avec mes différents employeurs, on va voir comment s’organiser pour maintenir les salaires avec des compensations pour les cours à l’année en rajoutant des heures quand tout sera revenu à la normale. Mais les stages sont simplement annulés et il n’y aura pas de remplacement. J’aurai de toutes façons une grosse perte. Il va falloir que je regarde mes comptes de près pour voir comment réduire encore la voilure.
D’ailleurs, c’est marrant la façon dont ça se passe chez les uns ou chez les autres. Avec l’un d’entre eux, on est en contact téléphonique. On discute des choses, on réfléchi ensemble. Avec un autre, j’ai des messages groupés, pour le 3 ème, il y a eu un mail.

Pour ma part, mon humeur est assez oscillante. À un moment, je suis prise d’angoisse. J’ai peur d’être malade et de ne pas pouvoir gagner de l’argent pour continuer à survivre, ou j’ai peur qu’un de mes proches l’attrape et que ça soit mortel. Puis je me rassure, on est en assez bonne santé pour y résister.

Je suis choquée par le comportement des gouvernements de certains pays. J’ai vu que Trump avait tenté d’acheter en exclusivité les vaccins qu’une entreprise allemande est en train de concevoir. Je suis choquée aussi par Merkel qui interdit l’exportation de matériel médical tel que des respirateurs vers l’Italie. Leur manque de solidarité est honteuse. Ils devraient montrer l’exemple d’un soutien sans faille. C’est de leur devoir.

Il est maintenant 2h30 du matin. Je n’ai pas fait grand-chose de ma journée. Enfin, je suis allée faire les courses. Ensuite, j’ai tourné en rond. Impossible de faire quelque chose de constructif. Je me suis promis de ne pas me coucher trop tard, mais c’est raté. J’ai joué à la play station. Je suis novice, je commence avec beyond to soul. Ça me plaît.

Bon, le discours du président, dramatique, œil humide, vocabulaire guerrier, mais que du blabla. On ne sait toujours pas comment on va s’en sortir. J’attends des éclaircissements dans la semaine, mais je ne suis pas sure de les avoir.

Je vais essayer de me faire un programme pour ne pas finir obèse et dépressive. Il va falloir que je me bouge pour le respecter. Parce que les bonnes résolutions, on sait tous ce qu’on en fait.

Je vais y réfléchir demain.
Là, je vais quand même essayer de me coucher.

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