Aude dite Orium

Corps et confinement

Ma gueule, mon bide et mon cul vous emmerdent, vous mes complexes.

Depuis le début du confinement, tout en m’insurgeant contre les injonctions, articles putassiers et vils des journaux féminins ou autres influenceuses de la toile, de la part de connards inconscients et satisfaits de leur humour de connards, je m’inquiète de mon apparence. Faut dire, que j’en tiens une large couche. Non seulement, je suis ménopausée, mais en plus, j’ai pris 10 kg depuis deux ans.

Donc, je me rapproche de plus en plus de ce que l’on appelle une vieille grosse moche. La quinqua qu’a lâché prise.

Malheureusement, je télé travaille.

Je passe donc quelques heures de ma semaine en visio. Comble de l’horreur, en plus de montrer mon visage à mes interlocuteurs, l’appli agite mon image sous mon nez. Amis du télétravail, vous comprenez ce que je veux dire, c’est le cauchemar. C’est d’autant plus le cauchemar que c’est un cauchemar. C’est un cauchemar de me voir, et c’est un cauchemar que ce soit le cauchemar. Je devrais me foutre de mon apparence.

Je ne suis pas top-modèle, mon métier ne me demande aucune performance esthétique, je devrais être tranquille avec mon corps. Tant qu’il est en bonne santé, où est le problème ?

Je ne me supporte pas.

Et bien le problème est que je ne me supporte pas. Le problème est que j’ai tellement bien intégré les valeurs et les croyances patriarcales sur les femmes que je me fustige pour le moindre défaut. Chaque kg, chaque courbe, chaque poil, chaque ride, est une claque que je m’inflige, et chaque claque me révolte.

Même si je n’ai jamais eu de problème de séduction, même si j’ai eu beaucoup d’amants, et même si aujourd’hui, je continue de plaire et de recevoir des hommages.

Depuis ma plus tendre enfance

Je sais à quel point le physique d’une femme importe. J’ai reçu en pleine face nombre remarques personnelles venant de proches ou d’étrangers sur mon corps. Du compliment à la critique, mon apparence plus importante que mon intelligence.

Hier, avec ma fille, nous avons croisé un homme accompagné d’autres, qui s’est permis une réflexion.

« Waouw ! Sont beaux les tatouages ! »

Certains se diront peut-être que ce n’est pas méchant, que si on ne peut plus faire de compliments blablabla… À tous ceux et celles-là, je leur dirai de fermer leur gueule, parce que c’est fatiguant d’entendre des conneries, bien plus que de les dires.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, ce n’est pas poli de faire des commentaires sur les corps d’autrui. Autrui ça veut dire les autres, hommes ou femmes, c’est pareil.

On en a rien à foutre de ce que le pécore moyen pense.

Peut-être qu’il nous tient à cœur de faire bonne impression au travail, de plaire à notre chéri.e, mais l’inconnu dans la rue, au mieux on s’en fou au pire, on s’en contre fou, alors vos gueules.

Il m’a répondu immédiatement que les tatouages étaient fait pour être vus.

Première nouvelle !

Mince, je suis tatouée, et j’étais persuadée que je l’avais fait pour moi. Vous vous rendez compte toutes ces années passées sans montrer mon cul ? Quel gâchis !

Je lui ai juste répondu : « Ben regarde et ferme ta gueule ». J’ai eu droit au couplet classique « vas te faire baiser gnagnagna, sale pute gnagnagna, je t’encule… »

Gnagnagna

Ce n’est évidemment pas ce genre de regard qui conditionne ma prise de tête quotidienne sur ma fibre capillaire, mon ventre en 8, ou mes fesses rubicondes. Évidemment que tous ces cons et ces connes si enclins à me commenter peuvent faire une grande fête de du covid 19 au parc des princes.

Je voudrais pouvoir avoir la sky-touffe de l’espace sur la tête, sans boule au ventre, je voudrais regarder ma tête fatiguée dans le miroir, en me disant simplement que j’ai l’air fatigué.

Est-ce que si les journaux, titraient, vous avez des cernes et des poils, on s’en fou, vous êtes confinés, on ne peut pas tout faire dans la vie, je ne me sentirais pas mieux ?

Est-ce que si les hommes passaient à côté des femmes sans leur imposer leur point de vue, ce ne serait pas merveilleux ?

Si, ça serait génial, et tant qu’on y est, arrêtez aussi les vannes sexistes. Ce n’est jamais drôle. Même vous ça ne vous fait pas vraiment rire. C’est juste un truc minable pour vous rassurer.

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