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Confinement

LE RETOUR

Il revient, et on n’est pas content

Je me sens glisser. Je me sens aspirée vers le néant. Lentement, imperceptiblement, je me sens glisser sans en être certaine, pas assez pour réagir. Et puis réagir à quoi ? A une sensation ? Pour faire quoi ? M’agiter ? Accélérer mon engloutissement.

J’ai chopé le Covid. Ça fait quoi ?

Ça fait comme une bonne crève qui te met en pls pendant 10 jours. Ça fait comme une putain de crève où tu continues de bosser parce que t’as pas les moyens de t’arrêter, que t’as fait un test une semaine auparavant et qu’il était négatif. Ça fait que sans ton ticket martyre du covid, tu peux crever la gueule ouverte. Mais quand le diagnostique tombe, Bam ! C’est feu d’artifice ! Ça fait que je n’ai jamais eu autant de considération de ma vie. « Et comment ça va ? Repose toi bien, j’espère que c’est pas trop dur… » Ça nourrit bien mon syndrome d’imposteur. Ça fait drôle.

Enfin, ça fait que je suis confinée depuis déjà 6 jours et que je suis crevée. Ça fait que je suis essoufflée, même sans autre effort que traîner ma carcasse. Ça fait que je déprime à mort et que depuis hier, je pleure comme une petite fille triste. Ça fait qu’hier, je me suis endormie dans mes larmes et ma bave. Ça fait que je suis vraiment, mais vraiment fatiguée. Mais là, je crois que le covid n’y est pas pour grand chose. Ça fait chier.

Je me sens fragile.

De la fragilité de ceux qui meurent les premiers dans les films catastrophes. De ceux qui ne connaîtront ni les grandes batailles contre les zombies, ni le renouveau. Je me sens glisser. Je rembobine, trois ans d’anti dépresseurs, plus 10 kg, une tentative de psychothérapie avortée plus tard, je me sens glisser. J’ai arrêté les AD pendant le premier confinement, à cause du poids. Si je les reprenais, est-ce qu’ils m’empêcheraient de glisser ? Est qu’ils masqueraient juste la sensation ?

Pendant le 1er confinement, je m’étais mise au Yoga. Une appli que j’ai gardé (ils m’ont fait la gratuité pendant 6 mois) Plutôt la classe. J’ai tenu tout l’été et j’ai pas su faire la transition. Ça fait un mois que je culpabilise. Je me dis que ce second confinement est l’occasion idéale pour m’y remettre. Mais je me dis tout un tas de trucs que mon corps ne fait pas. D’un certain côté, c’est aussi bien, ça me donne une chance d’arrêter de penser des conneries.

Je vais faire quoi pendant ce confinement ? Je sais que je n’écrirai pas de livre génial ni même de livre de merde, enfin, je n’écrirai pas. J’ai pas réussi au premier. J’ai acheté sur Amazon (oui, jetez moi vos injures au visage, je ne mérite que ça) du matériel pour faire des babioles. Boucles d’oreilles, bijoux de sac, broderies, broches… Je vais peut être réussir à faire des cadeaux de noël.

Est ce que j’aurai l’énergie de faire mes ateliers théâtre en visio ? Je ne sais même pas si ça vaut le coup. Je ne sais pas si ceux qui l’ont vécu l’année dernière reviendraient en visio, et je ne sais pas non plus si les autres, les tout nouveaux, seraient motivés pour ça après seulement un mois de pratique. Le groupe n’est pas fait, encore. Il n’y a pas la synergie qui fait tant dans ces aventures.

Je suis en pls, putain ! Je pleure à chaque fois que je pense au moindre aspect de ma vie. J’ai plus la force. J’ai plus de jus. Je me sens plus d’attaque pour soutenir mes filles. Je suis plus une mère, je suis un boulet. Et ça me tue.

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

Chant d’automne, Charles Baudelaire

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