Aude dite Orium / Journal de confinement

Confinement jour 13

Dimanche 29

Putain, je sais que c’est mal de commencer un texte par une grossièreté, mais bon, comme dit feu ma grand-mère, fuck.

Changement d’heure dans la face, j’ai rien compris. J’avais mis le réveil à 9h30, histoire d’avoir une longue journée. En plus hier, je ne me sentais pas fatiguée, donc, je me suis dit que ce serait ok. Ce matin, je me suis péniblement réveillée à 14h30. Alors oui, je me suis couchée un peu avant 3 heures, en croyant qu’il était 1h30 et des poussières. (le changement d’heure est passé par là.) Je ne me souviens pas ce matin de l’épisode réveil matin. Bref, j’ai quand même dormi 12 heures.

Mince, j’étais à deux doigts de prendre une décision de ouf !

Je suis tentée, mais je n’ose pas, faire comme mes filles, me laisser aller au décalage et voir ce que ça donne. Je ne peux pas vraiment faire ça, mes ateliers ont repris et vaut mieux que j’ai les yeux en face des trous.

Sérieusement Aude, t’en est là ?

Je me sens tellement prisonnière ! Pas de mon appartement, mais de moi-même. Peut-être que le confinement m’oblige à le regarder en face. Je me sens bridée. C’est peut-être une interprétation romantique. Peut-être que plus prosaïquement, je rêve encore comme une enfant dans un monde d’adulte. Je suis juste normale avec des rêves de grandeur. Pas à la hauteur de mes fantasmes de gamine. Insatisfaite de ma vie, mais incapable de la changer. Pourquoi ne pas l’accepter telle qu’elle est ? Parce que ce serait m’avouer que je ne suis pas celle de mes rêves d’enfant.

Nan, faut pas déconner.

Je sais que je ne suis pas géniale, ni une merde totale. C’est juste que je me fais chier et que j’ai une flemme monumentale. Une flemme qui me fait rêver de faire une cure de sommeil, de me laisser me décaler pour voir ce que ça donne. Une flemme qui me dit de rester sur mon canapé, à regarder par la fenêtre, lire des trucs sur le net, picorer, à droite, à gauche, sur cette immense ouverture qu’est le net. Je suis comme une mamie qui, sur son fauteuil, regarde le monde sans y participer.

Et puis après, je culpabilise.

Parce qu’il y a untel qui est toujours hyper occupé, dont les journées se bousculent. Il y a tel autre qui est sur 36 projets en même temps, ou truc, injoignable, même confiné, parce qu’il ne sait pas comment il fait pour se retrouver quand même débordé et qui n’a pas le temps de rappeler.

Répondre aux injonctions pour mériter la valorisation

J’ai écrit un texte pour mes ados sur les injonctions qui pèsent sur le corps des femmes, quelque part, je pourrais écrire le même sur les injonctions à l’activité. Pour le coup, je ne crois pas que ce soit genré, mais c’est de notre devoir d’être des putains d’hyper actifs, sinon on est des parasites, des sous-merdes.

L’Hyperactivité est valorisée, et j’ai besoin d’être valorisée. J’ai des difficultés à le faire moi-même, et pourtant, on devrait être autonome affectivement comme on l’est financièrement.

Et bien, je ne suis totalement ni l’un ni l’autre. Socialement, je suis une sous-merde, un parasite qui vit au crochet d’une société. Ceux qui me connaissent veulent bien me pardonner parce que je suis sympa et que je les fais marrer. Et comme j’ai une grande gueule, j’ai l’air d’être super forte. Mais sur une ligne comptable, je ne mérite pas ma vie. c’est moche, hein ?

Naître ne suffit pas pour exister

Je suis née, c’est un fait. Pourquoi est ce qu’une fois vivante, je devrais mériter ma vie, la gagner. Je l’ai, c’est tout ! Oui, me répond-je à moi-même. Mais la société tout entière travaille, et toi, tu profites de la solidarité des autres. Tu vis au crochet du système social. Sans ces aides, quelle aurait été ta vie ?

J’aurais certainement eu une vie plus difficile, en trimant, comme tant d’autres, pour des « seigneurs » qui s’enrichissent outrageusement avec la force de travail du peuple qu’ils dominent, sans respect, ni reconnaissance.

La flemme

La question que je me pose, est, si je me laissais aller à ma flemme. Est ce que je finirai comme une serpillière abandonnée dans un caniveau de citée, où est ce qu’une fois débarrassée de ma culpabilité, mon seul désir, me mènerai vers des activités ? Délivrée de la pression, est ce que je m’épanouirai dans le champ de tous mes possibles ?

Ceci dit, suis-je obligée d’expérimenter la chose pour y répondre ? Ne puis je pas décider que la pression, je m’en fou ? Que je fais mes choix, libérée des injonctions de la vie sociale ?

France d’en haut, France d’en bas; Ceux qui réussissent, ceux qui ne sont rien.

Concrètement, ni l’un ni l’autre. Je ne peux/veut pas prendre le risque de finir sdf, et le monde dans lequel je vis a des règles auxquelles je suis obligée de me soumettre, plus où moins. Et puis ce serait illusoire de croire que je suis assez fortiche pour me débarrasser en un claquement de doigt, de mon éducation parentale, sociale, et de la pression de toute une société dont je fais parti.

J’adore quand je fais le tour du monde pour retomber sur mes pas. Je me dis que c’était vachement utile.

Deuxième dimanche de confinement, je crois que je pète un câble.

Et vous, vous vous positionnez comment par rapport à l’activité, la société ? Vous vous sentez dedans, à côté (de la plaque), est ce qu’il vous semble que vous lui devez quelque chose ? J’aimerais bien savoir comment ça marche dans d’autres têtes.

La flemme – Suzanne

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